En 1945, la Norvège grave la reconnaissance des résistants dans la loi. Pourtant, Gunnar Sonsteby échappe aux cases. Nulle obligation d’apposer son nom sur la façade d’un bâtiment, et pourtant, plusieurs institutions publiques le font. Autour de sa figure, l’hommage ne se contente pas d’une plaque ou d’un discours. À chaque distinction attribuée à Sonsteby, la société norvégienne s’interroge : comment façonner le souvenir, et jusqu’où le faire vivre dans l’espace public ?
Gunnar Sonsteby, figure emblématique de la résistance norvégienne et témoin de son siècle
Né à Rjukan en 1918, Gunnar Sønsteby traverse la Seconde Guerre mondiale sous une succession de fausses identités. Agent 24, Numéro 24, il devient l’une des têtes pensantes du Milorg avant de prendre la tête du Gang d’Oslo. Sa trajectoire incarne la résistance norvégienne contre l’occupation nazie, un engagement qui ne relève ni du hasard ni du mythe.
Avec la Special Operations Executive (SOE) mise sur pied par Churchill, Sonsteby orchestre de nombreuses opérations de sabotage, frappant au cœur des infrastructures du Troisième Reich. L’un de ses faits d’armes les plus marquants : la destruction des archives du Bureau du travail forcé à Oslo, qui prive l’occupant d’un outil clé de contrôle et de répression.
Son engagement ne s’arrête pas aux actions clandestines. Il escorte le roi Haakon VII lors de son exil, collabore avec la Royal Air Force, organise le passage de réfugiés vers la Suède. Le contexte est complexe, traversé par la violence des choix et des trahisons. Erling Solheim, du côté des collaborateurs, croise sa route, preuve que la frontière entre résistance et compromission n’est jamais nette. Vidkun Quisling et son parti Nasjonal Samling s’alignent derrière l’occupant, tandis que les Juifs de Norvège, pour la plupart déportés, trouvent en Sonsteby un allié déterminé, même si l’Histoire retiendra avant tout la tragédie de leur disparition.
Après la guerre, Sonsteby refuse de se taire. Il part étudier à Harvard, vit à Boston, puis revient à Oslo. Il parcourt les écoles, multiplie les conférences, s’engage dans les musées et les associations. Il redonne chair à la mémoire, évoque la destruction de Tælavåg, les souffrances endurées, mais aussi la solidarité et le courage qui ont traversé ces années noires. Gunnar Sonsteby devient la voix d’une Norvège qui tient à garder les yeux ouverts sur son passé.
Comment la Norvège perpétue l’héritage de Sonsteby dans la mémoire collective et la vie publique
L’héritage de Sonsteby ne se limite pas aux pages des livres d’histoire. À Oslo, la statue de Gunnar Sonsteby sur la place Solli est devenue l’un des repères du centre-ville. Sa silhouette, saisie en mouvement, rappelle la vigilance, l’engagement et la capacité à agir. Ce monument ne se contente pas d’honorer un individu : il matérialise la mémoire de la résistance norvégienne, affirmant la volonté d’un pays de ne pas laisser son passé s’effacer derrière l’indifférence. Chaque jour, des passants, des étudiants, des visiteurs s’arrêtent devant ce bronze, saisis par la force tranquille d’un regard ou la sobriété d’une posture.
La cathédrale d’Oslo a accueilli des funérailles nationales pour Sonsteby, rassemblant dirigeants, anciens résistants et anonymes. L’hommage va au-delà des distinctions officielles. Il incarne une reconnaissance collective, un geste de transmission, un acte de mémoire partagé.
Dans l’ensemble du pays, différentes initiatives viennent renforcer cette présence. Voici comment la société norvégienne prolonge l’héritage de Sonsteby :
- Statue sur la place Solli, symbole dans l’espace public
- Funérailles nationales à la cathédrale d’Oslo
- Transmission dans les écoles, musées et à travers le cinéma
Dans les écoles, les musées, les associations, le récit de Sonsteby se transmet de génération en génération. Lui-même, infatigable, n’a cessé de parcourir le pays pour raconter son histoire à des jeunes qui n’ont jamais connu la guerre. Le film Numéro 24, désormais disponible sur Netflix, poursuit ce travail de mémoire. Il donne à voir la clandestinité, la peur, le courage, le choix de résister.
La mémoire de Gunnar Sonsteby circule dans toute la société norvégienne. Elle rappelle que résister, ce n’est pas seulement commémorer, c’est aussi transmettre, interroger, et refuser l’oubli. Quand le bronze d’une statue côtoie le silence d’une salle de classe ou la lumière d’un écran, le fil de la mémoire ne se rompt pas, il se tisse, jour après jour.

